ovni et science suite et fin
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    ovni et science suite et fin

    Recommander ce site :: ::::Par ovni :: 01/01/2009 à 15:06 :: Général


    Pour Isabelle Stengers, le traitement politique du fait ovni est à mettre en parallèle avec son traitement par la communauté scientifique, posant de ce fait un véritable problème démocratique à nos sociétés. C’est une idée que l’on retrouve sous la plume de Paul Feyerabend, philosophe des sciences, qui écrit dans l'introduction du chapitre 18 de «[8]Contre la méthode », que « la Science [est] la plus agressive et la plus dogmatique des institutions religieuses.»

     

    Isabelle Stengers.
     

    Stengers note encore :


    « Et bien, les histoires de science et de société sont souvent des histoires de pouvoir. Ce qui m'intéresse à propos de la science, c'est qu'elle a effectivement pouvoir d'inventer des questions, pouvoir d'approcher un phénomène de manière pertinente, et ce pouvoir-là est positif. C'est un pouvoir d'invention. Il est possible, c'est mon espoir, que si tant de scientifiques s'adressent au « peuple » avec les mots du pouvoir usuels, avec les mots de la disqualification, c'est d'abord par insécurité : ils ne savent pas comment leur expliquer à eux, non-scientifiques, quels sont leurs risques. Ils craignent d'être mal compris, de décevoir, d'être disqualifiés s'ils ne peuvent se présenter comme armés par les certitudes d'une méthode objective. La possibilité de sortir de ce face-à-face complètement stérile, qui stratifie les discours et profite toujours à ceux qui n'ont pas grand chose à voir avec la démocratie, sauf lorsqu'ils peuvent s'en servir, implique que les scientifiques apprennent qu'ils peuvent intéresser le public avec leurs questions et non pas avec leur façade moralisatrice. Et c'est ce qui se passe notamment avec ce phénomène ovni. La grande beauté de la SOBEPS, c'est qu'elle a pu attirer des scientifiques de la qualité d'un Léon Brenig ou d'un Auguste Meessen (pas d'un Jean-Pierre Petit). Et c'est parce que j'ai constaté cela que je m'y suis intéressée. Cela montre que lorsque des scientifiques acceptent de se laisser intéresser par des aventuriers honnêtes et non par des sectes, leur discours adressé au public devient beaucoup plus proche du type de discours qu'ils pourraient avoir entre eux. Tout à coup, des scientifiques se mettent à parler en public de la même façon qu'entre collègues. Il y a là, je crois, un espoir. Cela confirme que les scientifiques peuvent, lorsqu'ils se sentent en confiance, quitter leurs pratiques antidémocratiques. Contrairement à d'autres collectifs, qui auraient tout à perdre s'ils perdaient leur pouvoir d'impressionner et de disqualifier, les scientifiques n'ont pas besoin de mentir ou de tricher. Il y a une chance, mais elle est petite, parce qu'il y a de très mauvaises habitudes. ».

     

    L’intérêt de l’étude du fait ovni dans toutes ses composantes réside aussi dans l’impact sociétal qu’il induit. C’est la grande thèse du philosophe et historien des sciences Thomas Samuel Kuhn. Dans « La structure des révolutions scientifiques » paru en 1962[9], il évoque la science comme progressant par bonds successifs, non du fait d’une accumulation raisonnée de savoirs mais en fonction de ruptures, de changements de paradigmes[10]. Ces révolutions scientifiques viennent bouleverser profondément la vision théorique du monde dominante à une époque donnée et sont la résultante de crises dues à l’échec du cadre scientifique en place, qui se révèle incapable de fournir les outils théoriques et pratiques nécessaires à la résolution de problèmes scientifiques autrement qu’en les réfutant. La conduite des scientifiques serait donc une résistance à ces bouleversements annoncés de l’ordre naturel et théorique du monde, du moins tel que conçu par les scientifiques en tant que corps social. Face à une même énigme scientifique, il n’est alors pas rare que différents paradigmes coexistent pour expliquer un même ensemble de faits. Cette conception kuhnienne peut être particulièrement adaptée au phénomène ovni.


    Ce qui est peut être en jeu avec le phénomène ovni et qui expliquerait notre incapacité à l’appréhender, c’est une révolution scientifique, une nécessité impérieuse de changement de paradigme que l’ufologie pourrait très largement contribuer à susciter. En ce sens, refuser d’admettre comme réel et problématique le fait ovni serait, du point de vue des scientifiques comme de tout un chacun, une façon de garder à l’esprit une vision rassurante du monde. Le fait d’admettre qu’une intelligence inconnue, exotique et non humaine interfère depuis longtemps avec les civilisations humaines, sans qu’il nous soit possible de comprendre les visées poursuivies par cette altérité, ni même d’engager un dialogue serein avec les pouvoirs publics qui constatent et centralisent au premier chef un ensemble de faits concordants et relatifs à ce sujet, est une situation intrinsèquement inconfortable et positivement anxiogène, et ce quelles que fussent les théories développées pour rendre compte du phénomène, de l’hypothèse extraterrestre en passant par la matrice gaïenne ou le système de contrôle cher à Jacques Vallée.

     

    John Mack, professeur de Psychiatrie à Harvard, s’en était ouvert à son collègue et ami Thomas Kuhn au début de son étude sur les enlèvements extraterrestres et parce qu’il se trouvait confronté à un authentique dilemme en tant que scientifique :

     


    Pr. John E. Mack.

    « [11]Ce qui m’apparut le plus pertinent dans les observations de Tom [Kuhn] était que le système scientifique occidental avait acquis une rigidité comparable à celle de la théologie, et que ce système de pensée, ou même de croyance, était maintenu en place par les structures, les catégories et les polarités mêmes du langage comme par exemple réel/irréel, existe/n’existe pas, objectif/subjectif, psychique/monde externe, et se produit/ne se produit pas. Tom me suggéra de poursuivre mes investigations en laissant de coté, autant que possible, toutes ces formes de langage, et de me contenter de récolter l’information brute, sans me soucier si elle correspondait ou non à des structures de pensée préexistantes, officielles, admises, etc. Par la suite, il serait toujours temps de voir si une formulation théorique cohérente était possible et communicable ».
     

    Le journaliste Stéphane Allix évoque encore cet aspect avec l’un des collègues du psychiatre John Mack, le Dr. Paul Bernstein :

    « [12]Pourquoi est-il si important pour certaines personnes d’affirmer que ce phénomène est impossible ? Pourquoi ces gens s’interdisent-ils avec émotion d’envisager que cela puisse être vrai ? (…)

    Cela est du au fait qu’il y a quelque chose en chacun de nous qui nous incite à repousser toute incertitude. A préférer des explications bancales plutôt que le doute. Le problème est en nous ! Et c’est important de regarder en nous. Cela a à voir avec la peur, avec le fait de devoir changer notre vision du monde… c’est un point sur lequel John a beaucoup concentré son attention. Notre vision du monde peut être ébranlée par ce phénomène ».

    L’incompréhension entre science et ufologie a donc de beaux jours devant elle malgré des initiatives intéressantes telles que celle du colloque de Pocantico en 1997 sous l’impulsion de l’astrophysicien Peter A. Sturrock ou la récente mise à disposition par le CNES des rapports du GEPAN / SEPRA, qui présentent l’immense avantage de présenter au grand public, avec l’objectif plus ou moins avoué d’ « intéresser » les scientifiques, les faits les plus déterminants et probants recueillis par les ufologues depuis plus de soixante ans.
    Ce qui est frappant, c’est finalement l’ambivalence de la culture occidentale face à ce type de phénomène, qui oscille entre intérêt populaire, choix du rejet par les scientifiques ainsi que existence et survivance jamais démentie par delà les modes, de parasciences dont il est aujourd’hui fondé de discuter des avancements, du chemin parcouru et des conséquences qu’elle induit en terme de dialogue citoyen avec la science et les pouvoirs publics.
    En France particulièrement, où le poids du rationalisme a toujours été historiquement très présent, subsiste ce rejet des « faits maudits » tels que l’ufologie, alors que paradoxalement, l’agence spatiale française (CNES) investiguait officiellement le phénomène en dehors de tout primat militaire, réalisant des statistiques et enquêtes qui demeurent des modèles, épaulé par un conseil scientifique qui réunit en son temps des astronomes, des physiciens, des juristes et d’autres personnalités qui contrôlaient et validaient les activités du service. 

    On ne dira jamais assez le rôle social capital qu’assume l’ufologie lorsqu’elle permet à un témoin de voir son récit recueilli et investigué. Alors plus que de soupirer dans l’attente improbable à court terme d’une prise de conscience de la communauté scientifique, d’un ralliement à la cause, les ufologues devraient mesurer ce qu’ils apportent à la pratique scientifique, à la culture et au débat démocratique dans nos sociétés.

     

    Conclusion:

     

    On peut avancer plusieurs explications quant au refus de la plupart des scientifiques d'investiguer le domaine des Phénomènes Aériens Non Identifiés.

     

    • La plus simpliste des attitudes consiste à nier l'ensemble des phénomènes, les OVNI n'existent pas donc il n'y a rien à étudier !

    Cette position, pour le moins contraire à l'éthique scientifique, est de moins en moins tenable. De plus, c'est faire injure aux millions de témoins qui, de bonne foi, ont depuis plus de 50 ans rapporté d'étranges phénomènes, même si beaucoup d'entre eux peuvent recevoir une explication cohérente avec nos connaissances actuelles. Il n'en reste pas moins quelques cas inexpliqués qui méritent une étude approfondie.

     

    • Les scientifiques se heurtent à un obstacle inhabituel, il leur faut apprendre à partir des témoignages issus de tous les milieux et de l'ensemble de la planète.

    Ils ne sont ni formés ni préparés à cela, et l'étude de témoignages cadre plus avec les sciences humaines qu'avec les sciences dites dures ou exactes. C'est pourtant à partir des témoignages que les scientifiques ont fait quelques découvertes intéressantes comme par exemple les météorites, la foudre en boule et les farfadets.

     

    • Les scientifiques apprennent à partir de leurs instruments dans leurs laboratoires , avec leurs méthodes même quand il s'agit d'étudier l'univers lui-même.

    Le phénomène OVNI est un phénomène dont ils n'ont pas eu l'initiative et ils n'ont pas encore inventé la méthode pour l'étudier.

     

    • Une autre difficulté est d'obtenir des données brutes d'un phénomène rare et fugitif.

    Telle que s'est construite la science moderne, on ne peut définir une théorie quelconque sans données. Or, l'une des caractéristiques les plus troublante du phénomène OVNI, est que même s'il se produit par vagues, personne ne peut prévoir où et quand se produira la prochaine apparition et donc aucune mesure directe n'est possible.

     

    • Très tôt, dans la jeune histoire de l'ufologie, au sein même des plus hautes autorités de l'état américain, un lien entre les OVNI et les "Extraterrestres" a été établi. Pour les scientifiques, ce lien crée un blocage qui les empêche d'accorder toute leur attention au phénomène. Pour eux, ce lien ne constitue qu'une chaîne d'hypothèses trop improbables et invérifiables.

    Pour que ces OVNI-là existent, il faudrait:

     

    qu'il existe des vies extraterrestres ailleurs dans l'univers,
    que ces formes de vie soient similaires à la nôtre,
    qu'elles aient atteint un développement technologique leur permettant les voyages interstellaires,
    etc. etc...

    • Ce lien fait que le phénomène dépasse le simple cadre de la science et a des implications fortes sur l'ensemble de la société, des religions, des sécurités nationales, etc., des domaines qui n'entrent ni dans les compétences ni dans les prérogatives des scientifiques.
    • Une grande partie de la recherche en astronomie est axée sur la recherche des planètes extra-solaires, l'exobiologie, etc.

    Si les OVNI existent et sont dirigés par des extraterrestes qui nous rendent visite, "quid des recherches actuelles" ?

     

    Devant l'énorme difficulté qu'éprouvent les scientifiques pour financer leurs recherches, ils préfèrent rejeter le phénomène et continuer "sereinement" leur petit bonhomme de chemin.

    • Enfin ce n'est pas un sujet à la mode et même si en privé beaucoup de scientifiques s'interessent au phénomène et suivent son actualité, très peu parmi eux osent aborder le sujet en public. Car, comme l'ensemble des phénomènes paranormaux, le sujet ne fait pas sérieux, on a peur du ridicule.

    Il faut dire qu'il y a tout un aspect folklore, mythe qui s'est greffé sur les OVNI et de nombreux canulars médiatiquement tapageurs ont régulièrement discrédité l'ensemble du phénomène. De ce fait, les scientifiques ont peur de se brûler les ailes et d'anéantir brutalement l'ensemble de leur carrière et donc leur gagne-pain.


    Pour renverser cette regrettable tendance, en attendant que l'ufologie ne devienne une science à part entière, il faudrait que les ufologues cessent leurs querelles intestines qui ne font qu'accentuer le côté ridicule des OVNI.
    Ensuite il faut s'attacher à rassembler un ensemble consistant d'évidences incontestables pour démontrer la validité de l'étude des Phénomènes Aériens Non identifiés.


    Cette tâche ne pourra s'effectuer qu'au sein d'organismes officiels au travers d'enquêtes rigoureuses qui ne pourront prêter le flanc à la critique des plus sceptiques, dans le respect des lois garantissant l'anonymat des témoins acceptant de déposer un rapport officiel.


    Tant que le phénomène ne jouira pas d'une reconnaissance unanime, si cet anonymat n'est pas respecté, on se coupera d'une importante source d'information car un grand nombre de personnes refusent encore et toujours de témoigner par peur du ridicule et des éventuelles conséquences privées ou professionnelles qui pourraient en découler.


    Malgré la grande frilosité de la communauté scientifique, les chercheurs sont néanmoins de plus en plus nombreux à braver l'interdit et à se pencher sur les OVNI. Souhaitons que cet intérêt soudain pour ce phénomène ne soit pas purement égoiste rien n'est moins sûr...

     

    [1] Lagrange, P. "Ovni soit qui mal y pense", Libération, mercredi 21 juillet 1999.
    [2] Lagrange, P. "La soucoupe volante qui venait de la planète Mogul", OVNI-Présence, n° 54, février 1995, pp. 4-24.
    [3] Intervention du Dr. James E. McDonald, lors du symposium sur les objets volants non identifiés du House Committee on Science and Astronautics à Rayburn Bldg., Washington, D.C. le 29 juillet 1968.
    [4] Les conclusions de Hynek furent reprises dans Reprises dans le rapport Blue Book n° 8, daté du 31 décembre 1952.
    [5] Sturrock, P. A., "UFO Reports from AIAA members" Aeronautics and Astronautics (journal de l'AIAA), 1974, vol. 12, pp. 60-64
    [6] « Un entretien avec Isabelle Stengers », Anomalies, n°2, 1997.
    [7] TRUZZI, M., « Du pseudo-scepticisme », Zetetic Scholar, Numéros 12-13, 1987.
    [8] Paul Feyerabend, Contre la méthode, esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, Editions du Seuil, 1979, p. 332
    [9] Kuhn T. S., La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion (Champs), 1983 [1962 pour l’ed.originale]

    [10] Du grec ancien παράδειγμα / paradeigma qui signifie « modèle » ou « exemple ». Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée).

    [11] MACK, John. E., Dossier extraterrestres – L’affaire des enlèvements, Paris, Presses de la Cité, 1995 [1994 pour l’éd. Originale], p.27.

    [12] Entretien avec le Dr. Paul Bernstein, Ph D., 2004 – in « ALLIX, S., Extraterrestres : l’enquête, Paris, Albin Michel, 2006, pp.199-200 ».

     

    http://www.ldi5.com/ovni/sci.php

    http://thibautcanuti.wifeo.com/ufologie-et-science--soixante-annees-dincomprehension.php
    http://ovni-infos.chez-alice.fr/OvniInfos2/articles.php?lng=ovni&pg=388

     

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